Le chemin vers une « paix juste » doit progressivement surmonter la logique de la violence et de l’investissement dans la guerre.

WETHEN, 29 juin 2018 (mis à jour le 1er octobre 2018) – Church and Peace a appelé les Églises à s’orienter sur la non-violence dans le pèlerinage de justice et de paix.

L’Assemblée générale et la conférence internationale du réseau œcuménique européen des Églises de paix, qui se sont tenues du 21 au 24 juin à Hoddesdon, Grande-Bretagne, sous le thème « justice et paix s’embrasseront » (Ps 85,11), ont guidé une fois de plus les participants sur le chemin œcuménique qui s’éloigne de la « guerre juste » pour aller vers la « paix juste ».

La rencontre a rassemblé 93 pèlerins venus de l’Albanie ou de l’Irlande, de la France ou de la Russie pour cheminer « ensemble pour la réconciliation dans une Europe divisée ». Ils sont venus de tous les coins d’une Europe qui érige de plus en plus de murs de division et qui recherche la sécurité par la militarisation. Les délégués, représentant les traditions et les organisations d’Églises les plus diverses, ont été invités dans la région de Grande-Bretagne et d’Irlande, où le Brexit marque et renforce les perturbations sociales et les injustices.

Un chemin qui transforme

Vancouver, Bâle, Corrymeela, Graz, Harare, Strasbourg, Porto Alegre, Sibiu, Bienenberg, Kingston, Busan, Arusha, Hoddesdon – la présidente de Church and Peace, Antje Heider-Rottwilm, et son collègue Kees Nieuwerth ont guidé les participants sur les traces de leurs compagnons de voyage dans le grand pèlerinage œcuménique qui se déroule depuis le début, en 1983, du Processus conciliaire pour la Justice, la Paix et la Sauvegarde de la Création.

Les participants se sont mutuellement rappelé comment le pèlerinage de l’Église de Paix a croisé la Décennie des Églises solidaires des femmes, la Décennie « Vaincre la violence » du Conseil œcuménique des Églises et les Assemblées œcuméniques européennes de 1989, 1997 et 2007, ainsi que d’innombrables autres rencontres, qu’elles soient importantes, modestes, internationales ou locales et comment la vision de la non-violence n’a pas cessé d’y être mise en avant.

Faire ce chemin ensemble et faire face aux blessures infligées par la violence et l’injustice est un processus qui transforme chaque personne et les Églises dans leur ensemble, a affirmé Antje Heider-Rottwilm.

La justice, pas la violence

L’orateur principal, le pasteur méthodiste Inderjit Bhogal a rendu compte de son propre Pèlerinage de justice et de paix, depuis ses origines au Pendjab jusqu’en Grande-Bretagne, en passant par le Kenya, où il a œuvré sans relâche pour la justice et le développement d’une culture d’accueil à travers le mouvement de la Cité de refuge (City of Sanctuary).

Il a souligné que le sujet le plus important auquel est confrontée la société d’aujourd’hui est un thème omniprésent dans la Bible, celui du voyage et de la route : la migration. « Notre comportement à l’égard des personnes en quête de refuge et de sécurité sera la mesure décisive qui nous permettra de juger de la moralité et de la spiritualité personnelle, nationale et internationale ». Se référant à Jonathan Sacks, il a souligné que les Églises doivent développer une « théologie du caractère sacré de l’autre ».

Bhogal a constaté le lien étroit existant entre la violence, la paix injuste et le fait d’être forcé à être en route. Les déplacements de population sont surtout le résultat de conflits. La pauvreté, provoquée en grande partie par l’investissement de ressources dans les guerres, fait partie des causes les plus meurtrières de la migration . Le monde a urgemment besoin de la théologie et de la pratique de la non-violence, fermement enracinées dans l’engagement « à ne plus apprendre la guerre ».

La non-violence en action

Les intervenants Janet Benvie, de la Communion pacifste anglicane (Anglican Pacifist Fellowship, APF), et Hansuli Gerber, mennonite, du Mouvement international de la Réconciliation, se sont joints à Inderjit Bhogal pour approfondir d’autres aspects du Pèlerinage œcuménique de justice et de paix, celui-ci pouvant être un moyen pour les Églises de célébrer le don de la vie, de chercher les blessures dûes aux relations brisées, et de transformer l’injustice.

Janet Benvie a évoqué les efforts fournis par l’APF pour promouvoir des alternatives non-violentes, en particulier les actions visant à encourager les Églises à demander au gouvernement britannique de signer l’interdiction des armes nucléaires des Nations Unies. Bien que le groupe soit petit, elle a formulé le souhait : « Espérons que les graines de moutarde poussent pour transformer l’injustice pendant ce pèlerinage ».

Hansuli Gerber a souligné le caractère souvent difficile du pèlerinage. « Ce voyage est plus une lutte qu’un pèlerinage de rencontre ou de repos. Il implique la confrontation. » Les pèlerins doivent y accepter leur fragilité et leurs carences, sans pourtant renoncer à l’espérance.

Des ateliers ont offert l’occasion d’échanger les expériences faites sur des sujets tels que : Apprendre auxenfants l’art de la paix, désescalade et dialogue dans le conflit armé en Ukraine, la paix juste dans le système économique, la prière corporelle, la contemplation et l’action pour la paix et la réconciliation, l’espérance chrétienne face à la ‘dissuasion’ nucléaire, les lieux de refuge en Europe – l’échange d’expériences, le langage de la non-violence biblique et de la paix juste, les identités multiples.

Le Royaume de Dieu : Justice et Paix

L’Europe divisée d’aujourd’hui a besoin d’une nouvelle vision de l’avenir dans laquelle chacun puisse trouver sa place. L’image sur laquelle le thème de la conférence du Psaume 85 était fondée a fourni exactement cette vision, a dit Karen Hinrichs, Haute conseillère de l’Église évangélique de Bade, dans son sermon lors du culte de clôture.

Dans le psaume, la justice et la paix vont de pair et s’étreignent, a-t-elle déclaré. C’est cela le royaume de Dieu. Le peuple de Dieu qui avance ensemble sur le pèlerinage de la justice et de la paix, construit cette « culture de la non-violence ».

La non-violence comme « ultima ratio »

L’Assemblée générale s’est félicitée de l’engagement de l’Assemblée de la Conférence des Églises européennes (CEE) faite en juin 2018 à s’orienter vers la non-violence en réponse aux conflits et à la violence. En même temps, les membres de Church and Peace ont appelé les Églises à exclure l’option de la guerre ou de l’intervention militaire comme « dernier recours » ou « dernière option » et à cheminer pas à pas vers la non-violence comme première et dernière option.

Dans une déclaration sur les priorités budgétaires de l’UE dans le cadre financier pluriannuel (2021-2027), l’Assemblée générale s’est montrée profondément préoccupée par les plans visant à continuer d’augmenter les dépenses consacrées aux instruments militaires au lieu d’investir dans la consolidation civile de la paix et les moyens non-violents de renforcer la société civile.

Le réseau s’est également déclaré préoccupé par l’attitude de plus en plus hostile à l’égard de la liberté de circulation : à la grande déception des participants, la demande de visa d’un membre du conseil d’administration originaire du Kosovo pour assister à l’Assemblée avait été rejetée. Dans une lettre adressée au ministère de l’Intérieur britannique, le réseau a exigé la mise en œuvre de « procédures de visa et d’entrée justes » et a appelé le gouvernement britannique à respecter les engagements pris dans les accords européens et internationaux.

Les membres ont également réagi à l’information selon laquelle la législation hongroise criminalise le soutien aux migrants et ont réaffirmé l’engagement à accueillir toutes les personnes dans le besoin en tant que créatures de Dieu.

Accueil dans le réseau des Églises pacifistes de nouveaux compagnons de route

Le réseau a accueilli la Communauté tertiaire de la Communauté de la fraternité du Christ de Selbitz (Allemagne) en tant que membre corporatif et la Campagne chrétienne pour le désarmement nucléaire (CCND) basée au Royaume-Uni en tant que membre associé, ainsi que six nouveaux membres à titre individuel originaires de Belgique, du Danemark, de France et d’Allemagne.

Maria Biedrawa a été élue comme nouveau membre du conseil d’administration. Elle est membre de la branche française d Du Mouvement international de la réconciliation. Elle a fait la formation de diacre de la paix dans le cadre de l’organisation membre de Church and Peace gewaltfrei handeln.

Lire la Déclaration sur les priorités budgétaires de l’UE qui font avancer la militarisation

Télécharger le communiqué de presse : Church and Peace appelle les Églises à la non-violence dans le Pèlerinage de justice et de paix (29. juin 2018)