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Wethen, le 21 avril 2026

Martin Tiller, membre du conseil d’administration de Church & Peace, commente le rapport de la Conférence de Munich sur la sécurité consacré aux « options nucléaires » de l’Europe (2026). Il déplore que d’autres options essentielles n’aient pas été prises en compte, notamment d’un point de vue chrétien. Le conseil d’administration de Church & Peace approuve la critique formulée par Martin Tiller.

Imaginez la situation. Votre vieille voiture n’est plus fiable, et vous craignez de plus en plus qu’elle ne vous laisse tomber et démuni au moment où vous en aurez le plus besoin. Vous vous rendez chez votre concessionnaire d’occasion local, mais il n’a que quatre véhicules à vendre. Ils sont tous très chers, peu attrayants et vous semblent même dangereux. Que faire ? Continuer avec votre modèle actuel ? Vous contenter de l’un de ces véhicules peu engageants en vente ? Bien sûr que non. Vous irez voir chez un autre concessionnaire. Ou peut-être vous demanderez-vous si vous avez vraiment besoin d’une voiture – peut-être qu’un vélo ou les transports en commun seraient finalement une meilleure solution.

Un rapport récent de l’influente Conférence de Munich sur la sécurité (MSC), intitulé Mind the Deterrence Gap: Assessing Europe’s Nuclear Options (Attention déficit en matière de dissuasion : évaluation des options nucléaires de l’Europe), place les Européens dans cette situation. Il affirme que l’Europe ne peut plus compter sur les États-Unis pour sa dissuasion nucléaire et qu’elle devrait cesser de « sous-traiter » sa réflexion stratégique aux États-Unis. Jusqu’ici, tout va bien. Les États-Unis sont devenus très peu fiables et pourraient bien nous laisser tomber au moment où nous en aurions le plus besoin. Cette affirmation, impensable il y a un an ou deux, est désormais largement acceptée par les responsables européens.
Le rapport nous propose cinq options :

A. Continuer à compter sur les États-Unis (ce qui correspond essentiellement à la position actuelle)
B. Renforcer le rôle de la France et du Royaume-Uni dans la dissuasion nucléaire européenne
C. Développer une « Eurodeterrent » (système de dissuasion propre à l’Europe )
D. Développer des armes nucléaires dans chaque pays européen de manière indépendante
E. Se concentrer sur la dissuasion conventionnelle (non nucléaire).

Il ne prétend pas que l’une de ces options soit bonne. De son propre aveu, l’option A laisse l’Europe à la merci des États-Unis. Les options B, C et E reposent sur des niveaux de coopération et de consensus invraisemblables à l’échelle européenne. Les options C et D seraient contraires (et pourraient mettre fin) au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de 1970, actuellement considéré comme le fondement de la stabilité internationale. L’option E peut sembler attrayante car elle réduit le besoin en armes nucléaires, mais elle est perçue comme politiquement difficile à mettre en œuvre, principalement en raison du coût très élevé du renforcement des capacités conventionnelles. Ces cinq options sont toutes d’un coût exorbitant, et le deviendraient encore davantage si, comme on peut s’y attendre, elles débouchaient sur une course aux armements. Pourtant, le rapport insiste sur le fait que l’Europe n’a pas d’autre choix et qu’elle ferait mieux de se décider rapidement.

Sur les 74 pages que compte le rapport, les Nations unies ne sont mentionnées qu’une seule fois, dans une note de bas de page. Qu’est-il advenu de notre engagement envers toutes les nations à travailler ensemble pour surmonter leurs différences et, selon les termes de Dag Hammarskjöld, sinon pour mener l’humanité au paradis, du moins pour nous sauver de l’enfer ? La tendance du rapport à envisager de contourner et d’ignorer les traités existants montre à quel point ses auteurs doivent se sentir à court d’idées.
Le rapport part du principe que la Russie représente une menace implacable pour l’Europe. Il évoque le recours de la Russie à des « signaux » nucléaires pour dissuader ses adversaires de s’impliquer directement dans la guerre en Ukraine, et affirme que la Russie pourrait encore recourir à l’arme nucléaire dans ce conflit. Il décrit également un « scénario plausible dans un avenir proche » où « sentant une opportunité, Moscou impose des exigences coercitives à un allié de l’OTAN et fait exploser un engin nucléaire en mer pour démontrer sa détermination et tester la cohésion de l’Alliance ». Rien ne laisse entendre que la Russie pourrait un jour répondre positivement à la diplomatie, ni même qu’il faille tenter une telle démarche. Il n’est pas reconnu que d’autres puissances nucléaires, y compris au sein de l’OTAN, peuvent également être perçues comme agressives et n’ont jamais exclu le recours en premier à l’arme nucléaire. Le texte ne reconnait pas que la dissuasion nucléaire, qui repose sur le comportement rationnel de toutes les parties, apparaît comme un concept de plus en plus fragile. Il ne reconnait pas que nous devons instaurer la confiance au niveau international, et non la saper, pour aider l’humanité à faire face au changement climatique et aux autres risques mondiaux. Et il ne reconnait pas que l’imago dei s’étend aux Russes – ceux-ci sont simplement décrits comme les « autres », comme une menace qu’il faut neutraliser (militairement).
En tant que chrétiens, nous croyons qu’un tel raisonnement est bien loin de la « vie en abondance » promise par Jésus (Jean 10:10). Le chapitre 6 de l’épître aux Romains évoque l’esclavage naturel de l’humanité face au péché, et sa conséquence inévitable : la mort. Mais grâce à la mort et à la résurrection de Jésus, nous jouissons de la liberté et de la vie ; nous ne devons jamais agir comme si nous n’avions pas d’autre option. Dieu nous offre la liberté, et non le choix entre différentes formes d’esclavage.

Alors, la prochaine fois qu’un vendeur insistant vous proposera de choisir entre quatre vieilles guimbardes hors de prix, ne vous laissez pas intimider. Cherchez ailleurs.

 

vieille voiture rouillée